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08 septembre 2009

Le Quinoa trop cher pour les boliviens

quinoa.jpgLa gourmandise occidentale a encore frappé ! De la même manière que de nombreux pays d'Afrique sont obligés d'importer du riz de Chine alors qu'ils en ont toujours cultivé sur leur territoire, les Boliviens subissent les conséquences identiques de la mondialisation sur leur Quinoa. La petite "graine d'or" de l'Altiplano est devenue trop chère pour les Boliviens qui ne peuvent plus se l'offrir et qui se voient contraints à "s'empâtiser" de nouilles américaines... arromatisé au ketchup et arrosé de coca (non pas les feuilles de coca, la boisson à bulles bien calorique et bien destroy pour l'estomac)

"Le graine storming du Quinoa" Article paru dans Libération du 23/06/2009

Agriculture. La plante connaît un succès paradoxal : elle constitue une nouvelle ressource en Bolivie mais menace la fertilité des sols.

Tous les samedis, sur la place du marché de Challapata, en Bolivie, cultivateurs et acheteurs se retrouvent pour échanger le quinoa. Comme à la Bourse, on y négocie les cours de cette graine typique des Andes. Ce printemps, ils ont battu tous les records : 750 bolivianos (75 euros) le quintal bolivien (46,8 kg), soit plus du double qu’en 2006 ! La petite «graine d’or», comme on la surnomme ici (el grano de oro), n’a jamais porté si bien son nom. Et nombreux sont les Boliviens qui rêvent de faire fortune de son négoce. Près de 40 000 familles vivent de sa culture et de sa transformation.

Paradoxe : cet essor inquiète les spécialistes du développement durable. Quinoa real : bio, équitable, mais pas vraiment durable ?

Depuis quelques années, le quinoa orne les rayons des magasins d’alimentation biologique. Objet d’un boom économique remarquable, cette petite graine pose de nombreuses questions sur la durabilité des terres boliviennes où elle est cultivée. Sur le terrain, ONG internationales (Agronomes et vétérinaires sans frontières, SOS-Faim) et politiques œuvrent depuis près de dix ans pour tenter d’enrayer un processus qui semble inéluctable.


Chenilles. On le cultive pourtant depuis plus de 7 000 ans sur les hauts plateaux des Andes (Altiplano), au Pérou, en Equateur et en Bolivie. Ici, parmi ses milliers de variétés différentes, toutes ne se valent pas : la mieux cotée, la «meilleure», la vraie… et même la seule exportable, est le quinoa real (de real, «réel»… et non «royal» comme on traduit souvent). Il ne pousse que dans la zone Intersalar, un secteur situé au beau milieu des deux déserts de sel du pays, entre 3 700 et 5900 mètres d’altitude, en terres aymaras, non loin du fief natal d’Evo Morales, le président bolivien.

Traditionnellement, on y cultive le quinoa à flanc de montagne. De petits murets de terre, dont on dit qu’ils remontent aux Incas, abritent les cultures du vent et empêchent l’érosion des sols. Dans les plaines, qui sont bien plus soumises aux aléas du gel que les versants des collines, on élève plutôt des lamas et des moutons, pour leur laine, pour leur viande mais aussi pour leurs crottes qui font des engrais parfaits. A cette altitude, pas grand-chose ne menace les cultures, mis à part les chenilles, dont les Indiens contrôlent les invasions en organisant collectivement des chasses aux papillons, quelques nuits par an, à la torche…

Mais, dans les années 60, mécanisation de l’agriculture aidant, la culture du quinoa descend dans les plaines et s’intensifie. Avec l’appui «bienveillant» de l’aide au développement. Comme le précise Javier Quisbert, coordinateur de gestion territoriale indigène pour le ministère bolivien de la Terre : «La coopération internationale a été un échec parce qu’elle ne misait que sur la production, sans penser à la commercialisation. Une décennie plus tard, les premiers dégâts collatéraux se sont fait sentir, sous forme d’excédents de production, à l’origine d’un commerce sordide : des intermédiaires peu scrupuleux se sont mis à sillonner les campagnes, pour délester les paysans de leur production qu’ils achetaient à bas prix et revendaient aux Péruviens. A l’aller, leurs camions étaient remplis des produits de première nécessité que l’on ne trouve qu’en ville et qu’ils osaient leur vendre à prix fort ! C’est d’ailleurs pour contrer ces intermédiaires que certains producteurs de quinoa, appuyés par des ONG telles SOS-Faim et portés par un contexte politique favorable, se sont constitués en associations.»

En 1983, l’Association nationale des producteurs de quinoa (Anapqui) est fondée. Elle se trouve aussitôt des clients comme l’américain Quinoa Corporation ou l’allemand Gepa.

Erosion. Le ver est pourtant dans le fruit. La monoculture intensive, seule à même de répondre à l’accroissement de la demande de production, fait rage. Et repousse la frontière agricole. Ce processus d’intensification de la culture a des résultats : en 2008, la production bolivienne de quinoa atteint les 23 000 tonnes. Et près de 60 % ont été exportées. Le reste se répartit entre la contrebande vers le Pérou et le marché interne. Mais cela conduit aussi à des évolutions négatives : érosion éolienne des terres des plaines, perte de fertilité des sols, apparition de nouveaux nuisibles inconnus dans les hauteurs, diminution des troupeaux de lamas et de moutons. En outre toute l’organisation sociale des paysans aymaras, si particulière, est perturbée (lire ci-contre).

Migrations. Le succès commercial de la petite graine a en effet suscité des vocations agricoles chez de nombreux descendants des communautés, au détriment des autres ressources économiques habituelles. Manuela Vieira Pak, écologue doctorante à l’Institut de recherche et développement (IRD) dans le cadre du projet Emergence du quinoa dans le commerce mondial (Equeco) précise : «Depuis des temps reculés, la plupart des familles de la région assurent leur vie en combinant plusieurs activités : agriculture, élevage, mais aussi travail dans les mines, commerce, transport. Une pluriactivité qui passe souvent par des phases de migrations plus ou moins longues vers les centres miniers et les villes, voire les pays voisins.»

Aujourd’hui, ces familles ont opté pour le quinoa, un choix plutôt fragile dans le sud bolivien, soumis à des conditions environnementales extrêmes et source de conflits sociaux. Ceux qui sont partis en ville ont beau être loin de leurs terres ancestrales, ils en gardent les droits d’exploitation envers et contre toutes les rivalités intra ou intercommunautaires. Saisissant l’aubaine du quinoa, ils peuvent les cultiver à distance, par téléphone et par peones interposés (ouvriers agricoles sud-américains), sans même prendre part à la vie et aux tâches de la communauté. Une scission qui fragilise l’esprit communautaire, mais aussi les autorités, traditionnelles et administratives, qui gèrent les territoires.

Mais c’est une autre menace, inattendue, qui pèse sur l’Altiplano depuis les années 80 : la demande en produits biologiques et/ou du commerce équitable ! Ces nouveaux marchés ont renforcé l’intensification de la culture du quinoa, et ce, en dépit de toutes les notions élémentaires de gestion du territoire ! Est-ce un effet pervers ou de simples lacunes dans les cahiers des charges des organismes certificateurs ?

Certifications. «A ses débuts, le "bio" proposait simplement de mieux contrôler le processus de production sur une parcelle sans jamais se poser la question de savoir s’il pouvait dégrader un territoire dans son ensemble, rappelle Sarah Métais, coordinatrice nationale d’Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) en Bolivie. C’est exactement la même chose dans les premiers temps du commerce équitable.» Les certifications contribuent à faire monter les cours au marché de Challapata. Leur remise en cause s’avérait donc nécessaire dans un contexte très dépendant des exportations, avec des consommateurs étrangers de plus en plus exigeants vis-à-vis des critères du bio et de l’équitable.

Si sur le terrain, les choses s’améliorent, les Boliviens ont rencontré les limites écologiques de leur territoire. Et le gouvernement a beau chercher comment en relancer la consommation interne, cette petite «graine d’or» que l’on disait être les restes d’un repas des dieux, est devenue si chère qu’on la considère désormais comme un produit de luxe. De nombreux Boliviens, qui ne peuvent plus se l’offrir, sont condamnés aux pâtes américaines, bien meilleur marché. Un autre paradoxe, celui-là, de la mondialisation…

Commentaires

Il est important de distinguer le QUINOA DES ANDES HUMIDES en Equateur du QUINOA DES ANDES SÈCHES de Bolivie. La pression sur l'écosystème est totalement différent.
Les paysans andins sont conscients de la pression d’un système agricole intensif. La nécessité de rendre durable cette source de revenus est essentielle pour eux. Des agronomes et des coopératives de petits producteurs ont travaillé ensemble pour favoriser la culture manuelle du quinoa de montagne associer à l'élevage de lamas et limiter le développement de la culture mécanisée dans la plaine.

http://www.ethiquable.coop/page-dactualites-mag/quinoa-durable-ca-existe

Écrit par : Emmanuelle | 22 janvier 2015

Merci de l'explication.

Écrit par : LA BLONDE ECOLO | 22 janvier 2015